Mère disait : il ne faut pas éduquer les enfants, il faut leur apprendre à se perdre. « L’enfant existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde et se définit après. » Pour mieux nous apprendre l’égarement, à mes frères et moi, Mère nous faisait tenir un cahier de moraline existentialiste. Cinquante principes pour se forger une conscience roseau, souplement robuste. Il fallait maîtriser la contradiction, n’avoir d’identité que provisoire, déjouer chaque rôle. Il fallait surtout rire comme un baleineau quand quelqu’un osait soupirer « mais c’est la vie…» avec un morceau de résignation coincé dans les dents.

Une création sonore par Blandine Rinkel.

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